Imprégnée de culture méditerranéenne depuis son enfance, Sophie Revault, artiste plasticienne, a vécu une expérience artistique exceptionnellement intense pendant onze ans à Karnak, dans l’actuelle région de Louqsor en Egypte.
Je raconte dans « Le Bleu du Nil » – carnets d’artiste 1999 – ed. Complicités, comment je me suis formée, particulièrement en Egypte de 1979 à 1989.
Auparavant, ce qui explique la source de ma sensibilité actuelle, c’est mon enfance en Tunisie où je suis née en 1947, où j’étais baignée de culture tunisienne grâce à mon père, Jacques Revault, peintre et ethnographe à la fois ; il y avait aussi la présence très forte du monde romain que nous allions visiter fréquemment…
Rentrée à Aix-en-Provence, n’ayant pu matériellement faire les Beaux Arts, j’ai poursuivi des études de lettres modernes jusqu’à une maîtrise sur Alphonse Allais, son humour, interrompue pour aller vivre en Egypte avec mon mari, Jean-Claude Golvin, archéologue, vivre auprès des grands temples de Karnak…
J’ai ainsi passé la moitié de ma vie à la rencontre de cultures différentes de la mienne, anciennes et modernes ; dans le rapport à l’autre, dans un questionnement.
Ma vie en Egypte, au sein de la mission scientifique CNRS des Temples de Karnak et Louqsor, a permis, à force, de révéler mes vrais centres d’intérêt pour mes recherches et productions plastiques. En fait, tout me vient de ce pays, même à l’heure actuelle.
Le désir de comprendre comment se créent les phénomènes de croyance, les arrangements populaires concernant le contact au divin et les objets à travers lesquels ce contact est organisé, m’a longtemps habitée; en particulier dans les rites funéraires avec les tables d’offrandes et les maisons d’âmes, des modèles réduits de substitutions.
En France, je me suis penchée sur les ex voto romains et gallo-romains, ceux qui étaient liés aux sources et aux eaux guérisseuses. Sur le pèlerinage de St Jacques de Compostelle aussi.
J’ai travaillé sur ces thèmes pendant 10 ans pendant que se mettait en place, peu à peu, une grande histoire de concentration et de résistance à travers une certaine pratique du pli dans la peinture, que je développe encore aujourd’hui.